Bref survol des initiatives en matière de cybersécurité en éducation dans la francophonie…

Depuis quelques mois, j’ai la chance de découvrir le monde de la cybersécurité et de développer plusieurs initiatives dans le monde de l’éducation au Nouveau-Brunswick.  J’apprends beaucoup et j’essaie de partager ces connaissances avec les enseignants, les élèves et les parents francophones de la province.  J’ai écrit quelques billets au sujet de la cybersécurité et je dois constater qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour faire comprendre l’importance et l’urgence de développer la citoyenneté et la littératie numérique en plus d’accorder du temps pour présenter le monde de la cybersécurité à l’école.  J’ai commencé à développer une page de ressources en cybersécurité en Éducation et j’essaie de rejoindre le plus grand nombre de personnes possibles avec ces idées et partages.  Il ne faut pas l’ignorer, le monde change et notre utilisation du Web a elle aussi changé.  Les développements qui se produiront au cours des prochaines années seront fulgurants et il sera important de comprendre comment faire face à un monde de plus en plus virtuel.  Avec ce billet, je prends le temps de faire un survol rapide de ce qui se fait ailleurs en Éducation dans la francophonie.  Il n’est pas toujours nécessaire de réinventer la roue et plusieurs initiatives peuvent être utilisées et adaptées aux besoins aux réalités de notre province.  Aussi, il serait dans certains cas, important de développer des partenariats et des échanges de pratiques en matière de cybersécurité.  Ça ne semble pas le cas en ce moment.  La plupart des provinces et pays semblent travailler en silo et il ne semble pas y avoir de partenariat officiel entre les juridictions.  Il me semble que nous aurions intérêt à échanger nos pratiques et nos ressources lorsque c’est possible.

J’ai donc essayé de trouver les initiatives en éducation et en cybersécurité des juridictions suivantes ;

  • Canada
  • Nouveau-Brunswick, secteur francophone
  • Québec
  • Ontario
  • Manitoba francophone
  • France
  • Suisse
  • Afrique francophone et francophone internationale

Canada

Au Canada, ce sont les provinces canadiennes qui sont responsables des programmes d’Éducation et de la gouvernance des écoles.  Il n’y a donc pas de programme national comme tel, mais des initiatives qui s’adressent en général aux Canadiens.  Le site Pensez Cybersécurité en est un bon exemple.  Le Centre canadien pour la cybersécurité présente un portail de ressources et d’information disponible à l’ensemble de la population.  Il est possible de consulter par exemple, le document en format PDF intitulé  » Évaluation des cybermenaces nationales 2018« . De plus, un Institut canadien sur la cybersécurité a ouvert ses portes à Fredericton.  Le site web de cet institut semble être offert uniquement en anglais pour le moment.  C’est l’organisme CyberNB qui semble être l’épicentre de la cybersécurité au Canada.  Comme nous le verrons dans les lignes ci-dessous, la plupart des provinces du Canada agissent seules et développent elles-mêmes leurs initiatives dans l’utilisation des technologies de l’innovation et des communications et en matière de cybersécurité.  Il serait utile de se demander si les provinces n’auraient pas intérêt à travailler ensemble et à partager leur expertise dans ce domaine.  J’ose espérer que CyberNB pourra faire bouger les choses et devenir le leader de la cybersécurité en éducation au Canada.  Pour y arriver, il est important de commencer par voir ce qui se fait déjà chez nous et ailleurs.


Nouveau-Brunswick, secteur francophone :

Au Nouveau-Brunswick, c’est l’organisme CyberNB qui s’occupe de développer des initiatives en matière de cybersécurité dans le secteur francophone de l’éducation (maternelle à la 12e année) grâce à un protocole d’entente entre OpportunitéNB et le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-BrunswickPlusieurs initiatives ont été développées depuis juin 2018 et d’autres sont en préparation et une stratégie numérique est en cours de développement. La politique de l’utilisation des technologies de l’information et des communications en Éducation au Nouveau-Brunswick a été écrite en 1996.  Celle-ci a été révisée en 2004 et une nouvelle révision se fait attendre.  CyberNB est un organisme de services spéciaux d’Opportunités NB lancé en mai 2016.  CyberNB se donne comme mandat d’être la première stratégie globale de cybersécurité au Canada. Le mandat se base sur le fait que la population du Canada doit avoir un accès à Internet sécuritaire et fiable pour soutenir la croissance et la prospérité. Pour y arriver, il est essentiel de travailler en partenariat et de collaborer. La stratégie de fonctionnement de CyberNB comprend cinq éléments principaux :

  • CyberSmart vise à élaborer une stratégie globale axée sur le perfectionnement des compétences et de la main-d’œuvre afin de répondre à la demande croissante pour des professionnels en cybersécurité.
  • CyberSécureNB vise à faciliter les conversations et les mesures à prendre en vue de protéger les infrastructures essentielles du Nouveau-Brunswick.
  • CyberInnovationNB vise à favoriser la croissance du milieu en appuyant les nouvelles entreprises et les entreprises qui développent de nouveaux produits.
  • L’Institut canadien sur la cybersécurité a été mis sur pied à l’Université du Nouveau-Brunswick avec l’aide du gouvernement du Nouveau-Brunswick et de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique.
  • CyberÉclairNB établit un parc d’affaires de classe mondiale axé sur la cybersécurité.

Pour le secteur de l’éducation francophone, c’est surtout CyberSmartNB qui développe et permet l’enseignement et le leadership de calibre mondial en matière de cybersécurité.  Pour tirer, le meilleur parti, CyberNB compte utiliser les 3 méthodes suivantes ;

  • Un Conseil consultatif sur CyberSmart
  • Développer des partenariats
  • Création d’un sommet Cybersmart

L’objectif principal du « Conseil consultatif de CyberSmartNB » est le développement du perfectionnement de la main-d’œuvre dans le domaine de la cybersécurité au Nouveau-Brunswick. Le conseil supervise les exigences de l’industrie en matière de compétences et de formation, le recrutement (au pays et à l’étranger), l’éducation postsecondaire (dans les universités et les collèges) et le système scolaire de la maternelle à la 12e année. Le conseil est composé de leaders clés de l’industrie, du milieu universitaire et du secteur public qui offrent des produits ou services en matière de cybersécurité ou qui ont recours à de tels produits ou services au Nouveau-Brunswick.

Le rôle de ce groupe est de fournir en permanence des conseils professionnels au directeur de CyberSmartNB, de CyberNB, sur l’orientation générale du programme CyberSmartNB, notamment quant aux questions suivantes :

  1. la stratégie de CyberSmartNB;
  2. l’initiative canadienne de perfectionnement de la main-d’œuvre dans le domaine de la cybersécurité (normes relativement à la main-d’œuvre dans le domaine de la cybersécurité);
  3. les projets de CyberSmartNB;
  4. les partenariats de CyberSmartNB;
  5. les exigences de l’industrie en matière de formation en cybersécurité et les services offerts;
  6. les programmes et politiques des secteurs public et privé en matière d’éducation en cybersécurité (programmes d’étude, enseignement, stages dans le cadre de programmes d’alternance travail-études, CyberTitan); Conseil consultatif sur CyberSmartNB
  7. les politiques, programmes et services de recrutement en cybersécurité (au pays et à l’étranger);
  8. le sommet annuel CyberSmart.

La cybersécurité est tous les jours à la une des médias.  Elle représente un important enjeu pour les entreprises canadiennes, pour nos gouvernements et pour la société.  Selon des rapports récents de Cybersecurity Ventures, une firme spécialisée dans ce domaine, la pénurie mondiale de professionnels en cybersécurité passera de 1,5 million d’ici à 2019 à 3,5 millions d’ici à 2021. C’est l’une des raisons de pouvoir collaborer et de faire avancer le programme en tant que stratégie pancanadienne en matière de perfectionnement des compétences et de la main-d’œuvre.  Une rencontre appelée CyberSmart 2017  aura permis de mieux connaître et de s’entendre sur les points suivants ;

  • La valeur réelle de la collaboration et le partage qui se sont produits lors de ces deux journées.
  • Connaître ce qui se fait actuellement et comment le mettre en œuvre dans le pays.
  • L’importance de disposer de normes de compétences en cybersécurité et d’un cadre de main-d’œuvre.
  • Prendre en compte des perspectives différentes
  • Célébrer les réussites grâce aux prix de CyberNB qui ont récompensé 10 individus et organismes en matière de cybersécurité.
  • Il est important de faire participer non seulement les représentants de l’industrie, du gouvernement et des universités, mais également les étudiants et les élèves dans la conception de stratégies.
  • Les discussions étaient excellentes, et le fait que les thèmes clés ont été abordés et exposés « au » sommet a été à la fois unique et important pour aller de l’avant.
  • La nécessité de continuer les discussions

Pour ce qui est du secteur francophone, l’action de CyberNB est faite autour de l’élaboration de la stratégie de littératie numérique. Cette stratégie est présentement en développement avec entre autres, l’élaboration d’un cadre provincial de référence en littératie numérique basé sur la recherche.  Sur le site web de CyberNB, on peut lire ;

« Le Nouveau-Brunswick s’engage à former les meilleurs spécialistes du numérique au Canada dans le but de positionner la province comme chef de file mondial dans l’ère numérique. Dans la poursuite de cet objectif, l’élaboration d’une stratégie de littératie M-12 est en cours, notamment l’élaboration de normes d’apprentissage connexes et de résultats ciblés par niveau. La cybersécurité sera un axe essentiel de cette stratégie. »

Toujours selon le site de CyberNB, cette stratégie veut s’assurer de ;

  • développer et présenter des activités d’apprentissage pertinentes pour mobiliser les étudiants. (On montre en exemple le programme CyberTitan)
  • s’assurer que les étudiants connaissent bien les menaces de cybersécurité et sont informés sur les moyens de se protéger sera essentiel à la stratégie.
  • s’assurer que les étudiants sont informés des possibilités de carrière en cybersécurité et leur fournir les compétences et habiletés nécessaires pour réussir à progresser dans cette voie sera également un élément central de la stratégie de littératie numérique.

Pour mieux comprendre la mission et les actions qu’entend entreprendre CyberNB, le schéma ci-dessous décrit bien les quatre champs d’action afin de développer la littératie numérique auprès des élèves de la maternelle à la 12e année afin de pouvoir réaliser le but ultime ; que les diplômés néo-brunswickois(es) soient les diplômés numériques les plus instruits au Canada en matière de cybersécurité ;

  • Capacité d’enseignement : le développement professionnel et la formation continue, les critères d’enseignements, les contenus et l’influence des nouvelles technologies.
  • Infrastructure : Penser en mode «Sans-Fils », bande passante, service Cloud et les objets connectés (IoT, Internet of Things)
  • Accès è l’apprentissage : Projets AVAN, apportez votre appareil numérique (en anglais BYOD, Bring your Own Device), ajouts de départements et ajouts de ressources virtuelles.
  • Critère d’apprentissage : Développement des compétences informatiques, de la créativité de la pensée critique de la résolution de problèmes du travail d’équipe et de la collaboration et le développement de la citoyenneté numérique

C’est en gros la mission de la personne qui travaillera et représentera le secteur francophone de CyberNB.  En comprenant que nos établissements postsecondaires ainsi que notre main-d’œuvre sont alimentés par le système M-12, il est essentiel que les dirigeants du système M-12 soient complètement engagés dans le programme de cybersécurité de la province. Contrairement à de nombreux plans de perfectionnement et de formation de la main-d’œuvre, CyberSmart met particulièrement l’accent sur le système M-12 au Nouveau-Brunswick.

La raison évoquée pour l’importance du développement des compétences en cybersécurité en éducation est sans équivoque.  Sur le site de CyberNB, on peut y lire que ;

Notre stratégie de la maternelle à la 12e année met l’accent sur l’établissement d’un réservoir de talents pour les emplois du futur. Cette stratégie comporte de nombreux éléments, y compris notre partenariat avec le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance (EDPE) et le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) du Canada. Ensemble, nous changeons les choses et créons une main-d’œuvre qui maîtrise mieux les technologies numériques.

Les progrès que nous avons réalisés dans notre système scolaire de la maternelle à la 12e année sont essentiels à l’épanouissement de nos citoyens numériques de demain.

Dans une entrevue réalisée par Heather McClean, directrice chez CyberNB, sur le développement de la cybercriminalité avec Steve Morgan de Cybersecurity Ventures, on peut y lire l’extrait ;

« … la manière dont les médias dépeignent l’augmentation des taux de cybercriminalité constitue l’un des problèmes les plus importants. Ils semblent suggérer que la raison pour laquelle la cybercriminalité pose un tel problème est que les attaques augmentent en matière de pourcentage et qu’elles sont plus sophistiquées.  Je n’adhère pas vraiment à cette idée. Je pense que dans un sens c’est vrai, mais nous avons fait des recherches dans ce domaine et rédigé un rapport l’été dernier que nous avons mis à jour cette année. Ma théorie est que la cybercriminalité n’est pas si différente des crimes de rue. La criminalité augmente à mesure que la population augmente. Alors que nous sommes passés d’un million à cinq millions de personnes, puis de 50 millions à 100 millions de personnes, le taux de criminalité a augmenté. Plus la population est nombreuse, plus vous aurez de gens peu scrupuleux. Plus vous avez de banques, plus vous avez de cibles. Tout est une question de population. Nous nous trouvons dans une situation où si l’on se projette dans cinq ans à compter de 2017, le monde stockera environ 50 fois plus de données qu’il n’en stocke aujourd’hui. Ce nombre est stupéfiant compte tenu du fait qu’il nous a fallu 50 ans pour stocker ce que nous avons aujourd’hui. En l’espace de cinq ans seulement, nous allons en stocker bien plus…. »

Il est donc important d’assurer l’offre de formation en cybersécurité pour les étudiants et les étudiants qui aimeraient étudier et faire carrière dans ce domaine.  Par exemple, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB ou NBCC en anglais)  lance un programme d’études supérieures en cybersécurité.  Les différents campus du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) accueilleront près 10 000 étudiants d’ici 2022. La perspective d’accueillir plus apprenants supplémentaires oblige les CCNB à être plus souples et à répondre aux besoins de ces derniers et à ceux du marché du travail.  Un avantage pour les étudiants qui fréquentent les CCNB est lié au fait que les diplômés obtiennent généralement un emploi à la fin de leur formation et qu’ils sont préparés pour réussir. Il est donc important de continuer d’élaborer des programmes pertinents et de qualité qui répondent aux besoins émergents du marché du travail. La croissance devra continuer à se faire en entretenant de bonnes relations avec des partenaires de confiance et d’explorer les possibilités de nouvelles collaborations.


Québec : Plan d’action numérique en éducation et en éducation supérieure et Stratégie numérique du Québec

Le ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports (MELS) du Québec vient à peine  de dévoiler son Plan d’action numérique en éducation et en éducation supérieure.  Selon un article publié sur le site de l’École Branchée ;

Il repose principalement sur le développement des compétences numériques des jeunes et des adultes, sur l’exploitation du numérique comme vecteur de valeur ajoutée dans les pratiques d’enseignement et l’apprentissage et sur la création d’un environnement propice au déploiement du numérique dans l’ensemble du système éducatif.    La vision du MÉES met le numérique au service de la réussite de tous en leur permettant aussi de continuer à développer et maintenir leurs compétences tout au long de leur vie. On vise à former « des apprenants plus engagés et autonomes dans leur démarche d’apprentissage ». Avec ce plan, on constate que l’équipe du Ministère veut mobiliser avec elle l’écosystème éducatif au complet, allant des établissements d’enseignement aux partenaires privés, en passant par les parents, les organismes, les associations et les différents partenaires du réseau.  Ainsi, on retient ces mots-clés : équipement, formation, soutien pédagogique et technique, développement de ressources éducatives adaptées, communication et collaboration. On remarque de belles nouveautés, et un renforcement du rôle des dispositifs déjà en place.

Dans ce plan, on retrouve trois grandes orientations ;

  1. Soutenir le développement des compétences numériques des jeunes et des adultes
    1. Cadre de référence des compétences numériques transversales à tous les ordres d’enseignement
    2. Utilisation de la programmation informatique à des fins pédagogiques dans toutes les écoles du Québec
    3. Intégration des technologies numériques dans les pratiques pédagogiques des futurs enseignants
    4. Formations et accompagnement pour le personnel, en éducation et en enseignement supérieur
    5. Population sensibilisée au potentiel du numérique et des bonnes pratiques valorisées
  1. Exploiter le numérique comme un vecteur de valeur ajoutée dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage
    1. Plateforme nationale pour le réseau de l’éducation mutualisant les ressources éducatives numériques
    2. Soutien pour l’acquisition et le développement de ressources éducatives numériques, en éducation et en enseignement supérieur
    3. Soutien pour des projets innovants de la maternelle à l’université
    4. Épreuves ministérielles en format numérique
    5. Déploiement du prêt de livres numériques dans les bibliothèques scolaires
    6. Déploiement d’une offre de formation à distance accessible et variée en fonction des besoins des différents ordres d’enseignement
  1. Créer un environnement propice au déploiement du numérique dans l’ensemble du système éducatif
    1. Dossier unifié de l’élève qui le suivra tout au long de son parcours éducatif
    2. Communication et collaboration renforcées entre les intervenants scolaires, les élèves et les parents par l’utilisation et le développement d’outils et de ressources numériques
    3. Soutien au développement du secteur québécois des technologies éducatives (ed-tech), un écosystème d’innovation dédié à l’enseignement et à l’apprentissage
    4. Acquisition d’équipements numériques à des fins pédagogiques, en éducation et en enseignement supérieur
    5. Soutien aux usagers pour les équipements numériques, en éducation et en enseignement supérieur
    6. Accès à un réseau de télécommunication fiable, sécuritaire et de grande capacité, en éducation et en enseignement supérieur

À cette initiative, s’ajoute celle du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec et qui est appelée Stratégie numérique du Québec.  La vision est  de créer un projet de société qui vise à favoriser une prospérité collective en mettant le numérique au service de la personne et du bien commun. Elle assure la cohérence d’ensemble des actions gouvernementales afin d’accélérer le déploiement, dans tous les milieux, d’une véritable culture numérique.  Pour s’y retrouver, sept cibles stratégiques qu’on retrouve dans le tableau suivant ;

Au Québec, l’organisme Cadre21 offre des formations accessibles en ligne ainsi qu’une foule de ressources pour les enseignants.  Il existe des formations à quatre niveaux (explorateur, architecte, virtuose et  innovateur) dont entre autres, sur les réseaux sociaux et la programmation.  Ces formations sont de plus en plus populaires chez les enseignants qui veulent garder à jour leurs pratiques pédagogiques.  Les enseignants qui complètent une formation obtiennent un badge et avec le temps, il est possible d’en accumuler beaucoup.  Cela permet de responsabiliser les enseignants face à leur formation continue et permet à des formations d’être accessibles en français partout sur la planète.


Ontario

En Ontario, un document intitulé Définir les compétences du 21e siècle pour l’Ontario est disponible en ligne en format PDF.  Dans un billet de blogue écrit par Emmanuelle Erny-Newton et publié sur le site éducO, on y cite les six compétences globales requises pour s’épanouir dans notre siècle ;

·      Collaboration

·      Communication

·      Innovation, créativité et entrepreneuriat

·      Apprendre à apprendre/connaissance de soi et autoapprentissage

·      Citoyenneté mondiale

·      Pensée critique et résolution de problème

Pour y arriver, l’équipe TacTIC (Ton accompagnement continu avec les technologies de l’information et de la communication) qui a la responsabilité d’accompagner les enseignant.  Celle-ci organise des sessions virtuelles d’apprentissage et accompagne physiquement des écoles dans leur passage à une pédagogie redéfinie par la technologie[8].  Pour ce qui est des entreprises, il semble que la stratégie numérique soit sous la responsabilité du Bureau ontarien des investissements (BOI) et plus en particulier avec le secteur Technologie de l’information.  La mention de cybersécurité est absente et il ne semble pas y avoir de stratégie en ce sens.


Manitoba francophone

Le ministre de l’Éducation du Manitoba annonçait dans un communiqué de presse que la province renforçait son partenariat avec le Centre canadien de protection de l’enfance en vue de traiter de la cybersécurité dans les écoles du Manitoba.  En gros, la ministre a indiqué que le partenariat avec le Centre canadien de protection de l’enfance comprendra ce qui suit :

  • la distribution du guide Faire face à l’autoexploitation juvénile pour aider les écoles à gérer des incidents où des adolescents ont été touchés négativement par une photo ou une vidéo à caractère sexuel publiée par des pairs;
  • la promotion de ressources éducatives comme « AidezMoiSVP.ca » dans les écoles afin de soutenir les jeunes qui peuvent avoir été victimes de cyberintimidation;
  • la conception d’autres ressources à l’intention des élèves de la 8eà la 10e année;
  • l’organisation du deuxième forum sur le leadership annuel portant sur la cybersécurité, dans le cadre des Écoles sûres et accueillantes, en partenariat avec le Centre canadien pour la protection de l’enfance en mai prochain.

France

En France, c’est l’Agence Nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) qui règle les balises pour le mode de fonctionnement des différents niveaux du gouvernement et des entreprises.  Dans un document en format PDF intitulé Revue stratégique de la cyberdéfense publié en février 2018 par le Secrétariat Général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), on y stipule que ;

« L’éducation dès le plus jeune âge à la cybersécurité doit constituer une priorité.  Les enfants et les adolescents ont une pratique quotidienne, et précoce par rapport aux générations qui les ont précédés, des objets connectés, d’internet et des réseaux sociaux…Il appartient àl’école de la République d’éduquer les élèves à la cybersécurité.  Cela doit passer par une première sensibilisation au numérique dès les années de maternelle et par une éducation au numérique incluant la maitrise des exigences en matière de cybersécurité à l’école élémentaire, au collège et dans tous les cursus du lycée.  L’éducation au numérique dès le plus jeune âge est structurante pour les comportements futurs.  L’ouverture précoce aux grands concepts de la science des techniques informatiques donnera des clés aux élèves pour comprendre le monde qui les entoure et leur permettra plus tard de devenir acteurs de ce monde et non simples consommateurs du numérique.  Il s’agit d’apprendre aux élèves à utiliser le numérique dans tous les domaines de la vie, de leur permettre d’acquérir une culture numérique, de l’initiation au code à la compréhension de la logique des computers sciences, en passant par l’acquisition de compétences en traiement de données et l’aptitude à adopter des comportements respectueux des règles de sécurité. » Pages 127 et 128, Revue stratégique de cyberdéfence, SGDSN, 2018


Suisse

Le 27 juin 2012, le Conseil fédéral a approuvé la Stratégie nationale de protection de la Suisse contre les cyberrisques (SNPC), qui dresse l’inventaire des différents risques émanant du cyberespace, met en évidence les points faibles et définit le mode opératoire de la Suisse.  Cette stratégie poursuit les objectifs suivants:

  • La détection précoce des menaces et des dangers
  • l’augmentation de la capacité de résistance des infrastructures critiques
  • la réduction des cyberrisques, en particulier la cybercriminalité, le cyberespionnage et le cybersabotage.

La SNPC définit aussi16 mesures dans sept champs d’action:

  • recherche et développement
  • analyse des risques et des vulnérabilités
  • analyse de la menace
  • formation des compétences
  • relations et initiatives internationales
  • gestion de la continuité et des crises
  • bases juridiques

La Suisse est elle aussi engagée dans une coopération avec d’autres états afin de renforcer la sécurité du cyberespace.


Afrique francophone et francophone internationale

Pour ce qui est de l’Afrique francophone, les initiatives découlent principalement des travaux de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui a développé un guide pratique qu’elle propose à tous les pays membres de l’organisation.  Le « Guide pratique de la cybersécurité et de la cyberdéfence » est disponible en ligne et se veut une réponse à une exhortation des chefs d’états et de gouvernement qui voulaient réaffirmer la vision de la Francophonie dans le domaine de la sécurité numérique. Selon le site le l’OIF;

Cette vision exprime sans ambages l’attachement de la Francophonie à un équilibre entre la liberté et la sécurité dans un contexte de construction d’un écosystème de confiance, et avec l’objectif de favoriser le développement de l’économie numérique et l’épanouissement de la diversité culturelle et linguistique. Imprégné de cette vision, ce Guide propose de prendre en considération les principaux impacts des cyberrisques sur les personnes, les entreprises et l’État avant d’établir un plan d’action. Ce plan doit partir de l’analyse les risques et mesures de sécurité dans le respect des droits fondamentaux de la protection des données à caractère personnel et d’un cadre juridique encadrant l’intervention des différents acteurs de la cybersécurité pour générer une stratégie nationale de cybersécurité et de cyberdéfense. Il en ressort un continuum entre la cybersécurité et la cyberdéfense que les pays doivent prendre en compte pour assurer l’efficacité de leur action. Mais, cette action ne peut produire des effets profitables que si la question centrale du renforcement des capacités et du capital humain est réglée de façon durable. PRÉFACE 8 Ce guide se décline donc comme une boîte à outils que l’OIF propose aux États et gouvernements pour les accompagner dans leurs efforts pour répondre aux menaces et vulnérabilités des technologies de l’information et de la communication dont toutes nos sociétés et nos économies sont de plus en plus dépendantes. En proposant un tel instrument, l’OIF met en œuvre l’une des conclusions de la Conférence sur le renforcement de la cybersécurité et la cyberdéfense dans l’espace francophone (Grand-Bassam, Côte d’Ivoire, 8-10 février 2016).

À la page 54 du document, on peut y lire un important extrait qui explique bien la mission que se donne l’OIF et ses pays membres pour développer le renforcement des capacités et du capital humain en matière de cybersécurité ;

En vue de gagner ce défi de la disponibilité en qualité et en quantité suffisante des compétences spécifiques pour la cybersécurité et la cyberdéfense, il est important d’offrir des mesures incitatives aussi bien aux centres de formation qu’aux futurs apprenants. Les avantages financiers à offrir des formations pointues en cybersécurité et cyberdéfense et les incitations à s’engager dans de telles formations doivent être explicites. Il s’agira de renforcer la formation et la pédagogie envers les entreprises, les centres de formation et tous les acteurs (techniciens, développeurs, ingénieurs, cadres, juristes…), afin d’accompagner la promotion de la cybersécurité et de la cyberdéfense.

De plus, la création de cours en ligne ouverts et massifs francophones (CLOM) avec des contenus et des modules de formation en langue française devrait pouvoir contribuer au développement des capacités humaines, mais aussi au développement et à la promotion d’une culture francophone de la cybersécurité et de la cyberdéfense. Cela peut s’appuyer sur des programmes de jumelage et d’échange entre institutions académiques francophones, en particulier pour des programmes de masters. Cette démarche comprend également des actions visant à favoriser et soutenir les échanges entre les centres de recherche et les universités dans le domaine de la cyberdéfense et de la cybersécurité et a développer une intelligence et une excellence francophone dans ces domaines.

Les mesures incitatives peuvent prendre la forme de subventions aux organismes, aux universités ou aux entreprises, de bourses d’études, etc. La participation active des fonds de promotion d’emploi et de création d’entreprises est ici aussi indispensable.

Cet ensemble de mesures incitatives ouvre un champ d’opportunités aussi bien pour les individus que pour le secteur privé. Il est indispensable que ce secteur privé se saisisse rapidement de cette nouvelle donne pour transformer les initiatives gouvernementales en activités pérennes. Qu’il s’agisse de laboratoires d’expérimentation, de centres d’accréditation ou de centres de certification, ce sont là autant de niches qui ont démontré leurs valeurs dans les changements technologiques. Il appartient aux structures de formation, aux entreprises privées, aux divers prestataires de services d’œuvrer à la mise en place de cet environnement d’accompagnement de la qualité. 55

Former des personnes compétentes de très haut niveau est une composante de cette nécessité de l’édification d’une force cyber. Mais après la formation, il faut assurer des parcours professionnels attractifs et évolutifs, le recrutement et les mobilités de carrière de ces personnes, notamment au sein des agences gouvernementales, afin que l’État, puisse bénéficier également des talents dans le domaine cyber, s’approprier les innovations technologiques qui concourent au progrès social et économique.

La construction des capacités en matière de cybersécurité doit s’appuyer sur un socle d’une éducation de base en informatique et en culture du numérique dont les principaux points sont rappelés par le tableau 6 (page 55) ci-dessous :

Dans l’idée de progrès et d’amélioration des conditions de vie de ses ressortissants, le tableau 7  (page 55) résume quelques principes directeurs, qu’un État pourrait s’approprier pour développer ses capacités en matière de cybersécurité et de cyberdéfense et contribuer à bâtir l’avenir.

Dans une optique de rationalité et d’optimisation économiques, la figure  12 (page 56) présente les différents aspects de l’intérêt de la mutualisation des ressources au sein de la francophonie ;

L’Afrique francophone est aussi perçue comme un endroit de prélédiction pour développer de nouvelles entreprises en cybersécurité.  Dans l’article suivant écrit par Cyrille Magliano, PDG et fondateur de Systemis et publié sur le site de La Tribune Afrique, on y mentionne que ;

L’Afrique est un marché en pleine mutation digitale. Une révolution numérique y est en cours. Le continent innove et l’usage des nouvelles technologies est y très répandu. Le versant négatif de ces avancées, remarquables au demeurant, réside dans le développement de la cybercriminalité dont la propagation est très rapide sur le continent africain comme ailleurs. Encore imparfaitement appréhendée, celle-ci représente un défi majeur pour les pays africains. Ce qui constitue un risque, mais aussi une opportunité en termes d’innovation.

L’OIF estime qu’il y a présentement près de 220 millions de francophones à travers le monde (3 % de la population mondiale) et que ce chiffre devrait passer à 700 millions en 2050 pour représenter à ce moment près de 8 % de la population mondiale, soit une personne sur 13.  Avec cette augmentation, il y aura invraisemblablement une pression accrue sur les besoins en ressources francophones et en formation à la cybersécurité.  Cela pour plusieurs représentera effectivement des possibilités d’affaires et de partage d’expertises dans les années à venir en Afrique francophone.


Source de l’image en haut à droite ; Matthew Henry du site Burst

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