Et si en 2017, on voyait l’Éducation autrement…

autrementÇa fait un bon bout de temps que je n’ai pas publié de nouveaux billets sur mon blogue.  J’y reviens de temps en temps pour me ressourcer et pour réfléchir.  Prendre le temps de se questionner et de chercher des réponses me permet d’avancer, de grandir et de mieux comprendre ce qui s’en vient.  À la direction d’école, trouver le temps pour faire ceci n’est pas toujours facile.  Pire encore, avoir le sentiment que chaque mot qu’on écrits sera jugé, évalué et pesé peut souvent nous donner mal au cœur à vouloir écrire et à partager nos idées.  C’est comme cela que je me sens présentement et je sais bien que cela va passer.  Dès que nous dirons « Go » la semaine prochaine, tout ira de l’avant et plein de nouvelles découvertes seront encore une fois possibles.

Au Nouveau-Brunswick, nous avons en éducation plusieurs décisions que nous devrons prendre prochainement.  Nous entendons souvent que nos élèves doivent maitriser les outils du 21e siècle.  Il serait bon d’essayer de le faire avant la fin de celui-ci.  Nous voilà déjà en 2017 et bien qu’il existe des tentatives de développement des nouvelles technologies ici et là, le développement de masse des outils technopédagogiques demeure loin pour la plupart des élèves du système éducatif Néo-Brunswickois.  L’utilisation de la robotique et du codage par exemple se font timidement et de manière sporadique.  On entend souvent parler de l’activité de « L’heure du code » auxquelles plusieurs écoles semblent participer.  Pour ma part, je crois que pour plusieurs élèves lorsqu’ils participent à cette activité, ce sera la seule heure du code qu’ils feront pendant leur année scolaire.  Nous avons un urgent besoin de trouver et de partager des ressources en français et de trouver de la place sur une assiette de plus en plus pleine afin de donner à nos élèves ces expériences qui ont leurs places dans leur parcours scolaire. Il y a de belles réussites en robotique, particulièrement au Québec avec l’organisme Zone1 et nous devons en prendre note.  Loin de moi de vouloir écrire un texte polémique, mais il faut à l’occasion regarder en face les traces de ce qu’on fait et de voir où on aimerait aller.

En 2014, la plateforme électorale des Libéraux du Nouveau-Brunswick, le futur Premier ministre Brian Gallant écrivait ;

« Plus que jamais, l’économie d’aujourd’hui nécessite la technologie et l’innovation, et nous devons éduquer les Néo-Brunswickois dans ce domaine afin d’être en concurrence, » a ajouté M. Gallant. « Plusieurs étudiants ne poursuivent pas les technologies de l’information et des communications (TIC) au postsecondaire à cause d’un manque de sensibilisation ou d’information. Nous avons une génération d’élèves qui est à l’aise pour utiliser la technologie, mais qui ne sont pas capable de créer de la technologie. Il est essentiel que nous commencions à développer ces créateurs. »

On y mentionnait aussi l’importance d’apprendre à coder à l’école.  Nous voilà en 2017 et il semble qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.  Il faut maintenant mettre ces mots en action et je réalise que la tâche n’est pas une mince affaire.  Je dis souvent que ce n’est pas parce c’est difficile qu’il ne faut pas le faire…

Le plus gros défi qui guette les écoles au Nouveau-Brunswick ou ailleurs en matière de technopédagogie, est à mon humble avis, la rapidité des changements.  Pour le personnel des écoles, se garder à la page des nombreux changements et à la rapidité que ceux-ci s’opèrent, donne souvent envie de lancer la serviette.  Bien souvent, ces nouveaux apprentissages et ces nouvelles expériences doivent se faire en dehors du temps de travail et comme il existe plusieurs problèmes de connectivités sur les réseaux informatiques officiels du ministère, il est souvent plus facile de travailler à partir de la maison.  Par exemple, pour utiliser Minecraft à l’école, nous devons utiliser un serveur externe ce qui occasionne des frais d’utilisation.  De plus les systèmes de protection (Proxys) peuvent bloquer l’utilisation.  Présentement, nous observons que nous ne pouvons plus aller sur Minecraft avec les ordinateurs de type PC et seuls les ordinateurs Macintosh peuvent accéder à notre site.  Nous avons fait des tests pour utiliser Mindcraft Education, mais le jeu était trop lent et impossible à utiliser.  Je ne suis pas doué pour la programmation, mais ça commence à être loin de mon champ d’expertise de la direction d’école.  Ce n’est pas tous les enseignants qui peuvent faire ceci et l’envie n’est pas toujours au rendez-vous et cela se comprend.  J’ai l’impression que nous sommes dans une société qui utilise de plus en plus en plus les nouvelles technologies, mais que nous comprenons de moins en moins comment elles fonctionnent.

Ce que je souhaite en 2017 est que nous mettions en éducation, beaucoup de ressources dans le développement de la pensée critique, de la créativité et de la curiosité.  Il existe plusieurs moyens pour y arriver, mais en gros, nous devons trouver un moyen pour reconfigurer les activités d’apprentissages autour de ces trois points.  À quoi bon demander aux élèves d’apprendre à bien écrire s’ils n’ont jamais la chance de partager leurs idées et de débattre de celles-ci.  Le Blogue des Jeunes est selon moi, l’outil idéal pour y arriver.  Il reste beaucoup à faire pour que celui-ci soit utilisé par plusieurs.  On l’a vu avec les élections américaines, la capacité d’analyser ce qu’on lit et ce qu’on entend n’est pas un luxe.  Pour ce qui est de la créativité et de la curiosité, il me semble que nous avons là beaucoup de travail à faire.  Les élèves font ce que leur demande.  En général, ils jouent le jeu en étant gentils et soucieux de compléter ce qu’ils ont à faire pour obtenir le jeton qui leur permettra d’aller au prochain niveau tout comme un jeu vidéo.  La plupart connaissent les règles et s’y conforment.  Ça me fait peur…  L’école devrait être un milieu d’apprentissage, mais aussi un endroit où il est possible d’expérimenter, de confronter ses idées, de développer son rapport aux autres, de développer des compétences, de développer ses talents et sa confiance en soi.  L’école n’est plus et ne doit plus être ce qu’elle était.  Il faut donc discuter de moyens à prendre pour y arriver.  Cela fait peur et souvent, il semble plus facile de ne rien faire.  Cela ne veut pas dire que c’est la meilleure chose à faire.  Dans une petite province comme la nôtre, il serait pourtant possible de discuter des moyens à prendre pour faire une réforme juste et réussie.  Cela devrait être un avantage, donner plus de facilité au processus ou encore faire en sorte que nous puissions célébrer ensemble nos réussites.  J’ai souvent l’impression qu’il existe un schiste entre ceux et celles qui veulent que ça change et ceux et celles qui ne le veulent pas.  Dix-sept ans à la direction d’école me confirment que la distance qui sépare ces deux camps s’agrandit d’année en année.  Ça aussi, ça me fait peur…

Dans quelques semaines, plus de 325 personnes du monde de l’éducation convergeront vers Clair pour le colloque Clair2017.  Il doit bien y avoir des raisons qui poussent tous ces gens à se donner rendez-vous dans cette petite école rurale depuis maintenant 8 ans.  Ce que j’observe est que plusieurs éducateurs se sentent seuls dans leur milieu de travail.  Ces personnes veulent « Voir l’éducation autrement… », mais elles n’ont pas la chance de pouvoir le faire au jour le jour.  D’autres changent le monde à leur façon, mais se sentent isolés et marginalisés par leurs collègues ou par leur organisation.  D’autres sont curieux, veulent voir autre chose et cherchent des solutions.  On ne voit jamais des personnes qui ne veulent pas changer ou pire encore, qui aimerait saboter les idées de faire l’éducation autrement.  Malheureusement, ce sont ces personnes qui devraient être à Clair2017 et participer aux discussions et aux échanges.  Ils ne viennent pas et ne viendront pas…  Suis-je pessimiste ou réaliste ?

Il ne faut surtout pas tomber dans le piège qu’il existe une seule manière de résoudre tous les problèmes en éducation et surtout de ne pas tomber dans le piège du dogme des données probantesMarc-André Girard, en terminant la rédaction d’un travail au doctorat e administration scolaire résume bien ma pensée sur ce qu’il faut ;

« En fait, peut-être que l’école de demain se situe quelque part entre les données probantes issues de la recherche scientifique en éducation et l’audace pédagogique des enseignants exerçant leur jugement professionnel en connaissance de cause ? »

Le colloque Clair2017 est donc audacieux et offre plusieurs conférences, une session Ignite, un Forum des pratiques gagnantes, des visites de classes et un BarCamp.  Il permet aussi de faire rayonner de nouvelles pratiques, d’apporter une certaine réflexion et d’étendre le réseau d’éducateurs francophones qui veulent voir et faire l’éducation autrement.  C’est facile pour moi de vanter les mérites de ce colloque.  Celui-ci se passe dans mon école et j’y rencontre tous les amis de mon réseau professionnel.  Il y a tant à faire tant à discuter et tant à partager.  Nous avons chez les francophones, un rattrapage à faire au niveau des technopédagogies.  Le temps avance, les changements aussi.   On me demandait récemment pour un article de nommer les changements à prévoir au niveau des technopédagogies.  Loin d’être un expert sur le sujet, une recherche rapide montre ce qui s’en vient en éducation sera ;

  • Le développement de nouvelles interfaces homme-machine (IHM) ;
  • Les objets connectés qu’on peut aussi porter ;
  • Les véhicules connectés ou autonomes, les drones ;
  • La robotique ;
  • Le codage ;
  • L’intelligence artificielle ;
  • La réalité virtuelle;
  • Téléprésence ;
  • Le déploiement de Minecraft pour tester et mettre en œuvre de nouvelles idées ;
  • Les nanotechnologies;
  • Les énergies vertes ;
  • L’importance de cultiver ses aliments ;
  • La protection de l’environnement ;
  • Les MOOC (CLOM ; Cours en lignes offerts aux masses…) partout sur la planète.

Cette liste ne sont que des exemples, il y en a d’autres et qui sait ce que l’avenir nous réserve.  Les écoles deviennent donc de grands laboratoires qui cultiveront la créativité, l’expérimentation et la curiosité. Il faut enseigner et apprendre autrement en collaboration avec les autres.  L’âge ne devrait pu déterminer le niveau d’enseignement afin de respecter le rythme d’apprentissage de chacun.  Il y a ici plusieurs réflexions à faire…

J’aime bien l’extrait de cet article disponible sur le site web de l’UNESCO concernant une conférence prononcée par Edgar Morin en décembre 2016 ;

« La connaissance – telle qu’elle est enseignée aujourd’hui – perçoit mal la complexité : soit elle sépare les données, soit elle n’y voit que confusion. Car la connaissance n’est jamais une photographie de la réalité. Elle est toujours une traduction et une reconstruction qui comportent le risque de l’erreur. Elle est gouvernée en profondeur par ce qu’on peut appeler le paradigme de disjonction, autrement dit : nous voulons comprendre un tout complexe à partir de ses éléments constitutifs, séparés de leur environnement et des ensembles dont ils font partie. »

Si on cherche un peu plus loin, les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur selon Edgar Morin, Organisation des Nations Unies pour l’éducation, sont ;

  1. Les cécités de la connaissance : l’erreur et l’illusion ;
  2. Les principes d’une connaissance pertinente ;
  3. Enseigner la condition humaine ;
  4. Enseigner l’identité terrienne ;
  5. Affronter les incertitudes ;
  6. Enseigner la compréhension ;
  7. L’éthique du genre humain.

J’aime aussi beaucoup cette citation de Michel Serre dans un article du Point ;

« Une nouvelle démocratie du savoir est en marche. Désormais, la seule autorité qui peut s’imposer est fondée sur la compétence. Si vous n’êtes pas investi de cette autorité-là, ce n’est pas la peine de devenir député, professeur, président, voire parent. Si vous n’êtes pas décidé à augmenter autrui, laissez toute autorité au vestiaire. L’autorité doit être une forme de fraternité qui vise à tous nous augmenter. Si ce n’est pas ça la démocratie, je ne connais plus le sens des mots ! « 

Il faut donc à mon avis démocratiser l’éducation pour libérer les gens, pour leurs donner les outils qui comme le mentionne Normand Baillargeon dans cette vidéo, qui leur permettra de s’émanciper et de se libérer.  C’est le but de l’éducation et nous devons y arriver ensemble…  Je suis en réflexion, je pense, je cherche et j’essaie de faire bouger les choses.  Je ne détiens pas la vérité et je suis à l’écoute.  C’est ce que je propose de continuer à faire en 2017…  Et vous, que proposez-vous ?

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6 commentaires sur “Et si en 2017, on voyait l’Éducation autrement…”