Nouvelle feuille de route requise pour la translittératie…

robotL’utilisation des nouvelles technologies soulève plusieurs questions et les directions d’école n’y échappent pas. Souvent la peur devient l’élément central de la prise de décision et comme je l’avais mentionné dans le billet suivant, la peur d’avoir peur fait souvent prendre des décisions rapidement et de manière à éviter les malaises. Comme direction d’école, nous avons à l’occasion, à bousculer les idées préconçues de ce que devrait être l’école idéale. Nous avons à décider si nous voulons être des gardiens du temps ou de musée ou si plutôt nous voulons engager notre école et notre communauté dans un mouvement qui préparera les élèves pour leur monde à eux. Je n’ai pas à vous convaincre de l’importance d’apprendre à lire, à écrire et l’importance de bien se débrouiller en mathématique. Comme l’a mentionné Thérèse Laferrière dans sa conférence à Clair2016, il faut enseigner à lire pour apprendre. Le mouvement de la littéracie est en marche et les écoles y adhèrent même si l’idée d’un enseignement efficace de la lecture et de l’écriture est à mainte fois bousculée. Plusieurs enseignants ont dû revoir leurs pratiques pédagogiques et plusieurs autres doivent encore faire un examen de conscience. La résistance à faire autrement est telle que souvent, on s’invente toutes sortes d’excuses pour se faire croire que nous sommes dans le bon chemin. Il existe des données probantes (expression à la mode cette année) et les enseignants ont l’obligation de les inclure dans leur pratique pédagogique. Pour y arriver, ils ont besoin d’accompagnement et de confronter leurs idées avec leurs collègues et avec leurs directions d’école. Pour ce qui est de l’innovation, l’utilisation de données probantes devient plus nébuleuse. Si on les attend, l’innovation est difficile à faire voir impossible. Au rythme où vont les changements en éducation qui semble encore être calée d’un modèle industriel du 20e siècle, l’innovation pourrait ne jamais mettre les pieds dans la salle de classe. Innover n’est pas toujours facile, mais comme je l’ai expliqué à Clair2016, il faut s’acheter une petite tortue en porcelaine et la regarder souvent. Le changement prend du temps et n’avance pas vite. Comme la tortue, même si le changement avance lentement, il avance. Mon patron m’avait suggéré l’achat d’une telle tortue. Elle m’est désormais très précieuse pour mettre en contexte mon travail à la direction.

Pour arriver à débattre de nos pratiques pédagogiques avec notre personnel enseignant, il est important de développer une culture de collaboration avec ceux-ci et de leur donner une marge de manœuvre. Les communautés d’apprentissage pédagogique (une autre expression à la mode) sont un bon outil, mais il ne suffit pas de les instaurer pour que la magie du changement arrive. Si l’école ne dispose pas d’un milieu qui préconise la prise de risque, les échanges honnêtes et la divergence d’opinions, les gens apprennent assez vite à jouer le jeu de la personne gentille pour son patron. Rien n’avance à ce moment et même si on a l’impression que tout va bien et que tous sont heureux, il se peut que peu de changements importants se produisent. Comme le dit bien Ken Robinson, c’est un peu comme lorsque nous disons que nous faisons une diète amaigrissante. Il se peut qu’on fasse la diète, mais si on ne perd pas de poids, c’est futile.

Il faut aussi à l’école un climat de confiance envers tous les membres du personnel et de leur donnée la capacité de prendre des décisions. C’est un peu comme avoir de jeunes adultes à la maison, il faut être présent, mais en même temps laisser à nos enfants le droit de faire des erreurs, d’apprendre et de faire les bons choix.

Quand est-il de la littéracie numérique ou plutôt de la translittératie ? Chez Wikipédia, on définit littératie numérique à celle qui correspond à la maitrise de savoirs, de capacités et d’attitudes propres au domaine des technologies numériques (ordinateurs, tablettes, smartphones). Elle inclut la littératie informatique. Il s’agit de l’une des facettes de la littératie qui, de plus en plus, est l’objet d’études et d’interrogations, allant même jusqu’à la proposition d’un enseignement en France2…  Ces différentes littératies (informationnelle, médiatique, informatique, numérique) convergent dans la translittératie. Cette notion peut être comprise comme étant la capacité de lire, écrire et interagir grâce à une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication (l’écriture, la télévision, la radio, les réseaux sociaux…).

Nous pouvons débattre longtemps pour une définition exacte, mais en gros, la translittératie est la base de mon travail des dernières années. Le site d’Acadiepédia est un bon exemple ainsi que celui du Labo créatif du CAHM. Vous convaincre de l’importance à l’école de la translittératie serait peut-être plus difficile. Pourquoi est-ce le cas ? Partout autour de nous, les ordinateurs sont présents. La plupart des adolescents ont un ordinateur ou un téléphone portable et de plus, la plupart d’entre nous ne pourraient pas envisager sa vie sans l’utilisation d’un ordinateur. Il y a les septiques, ceux et celles qui disent à haute voix que la technologie n’est pas le centre de leur vie et ils ont raison. La technologie ne devrait pas être tout… Il faut un équilibre dans tout et nous avons comme enseignants, la responsabilité d’assurer cet équilibre entre l’académique, l’artistique, l’éducation physique et le technologique.

Pourquoi ne retrouvons pas cet équilibre entre la vraie vie et l’école. C’est à dire pourquoi dans plusieurs écoles, l’utilisation d’un portable est encore interdite ? Pourquoi est-ce que certains travaux ne sont pas faits à l’aide des nouvelles technologies ? Mon expérience démontre qu’en général, nos élèves vont bien au-delà de ce qui avait été initialement prévu. Pourquoi dans plusieurs écoles, la curiosité et la créativité si naturelles chez les enfants ne sont pas encouragées. Ces questions me font penser que souvent nous limitions notre enseignement par nos peurs. Dans une classe, nous retrouvons une clientèle diversifiée et bien qu’il soit difficile de répondre aux besoins de tous les élèves, nous devons apprendre à développer chez eux, une culture d’engagements dans leurs apprentissages. Lorsque nos élèves s’engagent personnellement dans leur réussite, qu’ils s’impliquent dans des projets qui les intéressent et qu’on leur donne la chance de construire autour de projets concrets, c’est à ce moment que leurs yeux scintillent et que la magie commence à opérer.

Nous pourrions discuter longuement des barrières et du manque de temps et d’expertise. Si pour une fois, nous discutions des possibilités. Dans mon école, notre mission est ; Notre école a comme mission de développer le plein potentiel de chaque élève ainsi que ses talents à l’aide des nouvelles technologies dans un milieu fièrement francophone.

Nous essayons chaque jour de la mettre en œuvre. Ce n’est pas toujours facile, mais mon travail c’est de garder le «focus» de nos gens sur celle-ci. Je dois en plus mettre ma propre vision à jour. Je dois d’évaluer les grandes tendances dans le monde actuel et faire la lecture de notre environnement. Souvent nous utilisons des antidotes qui font une différence, mais souvent nous sommes en mode réactif. Par exemple, nous allons bannir les téléphones intelligents à cause d’une situation en salle de classe. Nous devons donc prendre la route la moins fréquentée et trouver en communauté éducative, celle que nous voulons suivre ensemble. C’est une tâche complexe et de haut niveau.

L’utilisation des nouvelles technologies à l’école doit elle aussi être accompagnée et nous avons besoin plus que jamais d’une vision de nos dirigeants. Il est facile de prétendre que nous voulons des écoles innovantes et qui développent l’esprit entrepreneurial. Encore faut-il donner les outils, les ressources et l’accompagnement requis. Encore plus important selon moi, il faut entendre de la bouche de tous nos dirigeants que c’est la voie à emprunter. Même si souvent on se sent dépassé par les évènements, il faut prendre des décisions innovantes avec l’assurance que les personnes en place feront le travail requis. Si on ne le fait pas, on essaie de contrôler les gens et le résultat et nul. Un exemple que j’utilise souvent dans mes présentations est les demandes de projets. Au Nouveau-Brunswick, plusieurs programmes d’aides existent et sont nécessaires pour arriver à faire différemment. Par contre, les directions d’école doivent y mettre beaucoup d’heures pour compléter et présenter la demande, faire les achats et compléter le suivi requis avec un rapport final en plus de laisser des traces tout au long du projet. Si par exemple, une direction d’école doit mettre, disons trente heures de travail pour aller chercher une somme de 3000 $, c’est selon moi un résultat nul. C’est-à-dire que mon employeur dépense autant d’argent pour que je fasse ma demande que l’argent reçu. Il est possible de doubler ceci. C’est à dire de donnée des fonds et qu’ensuite la direction investisse de son temps pour développer des initiatives. À ce moment, les ressources sont doubles… Les directions d’écoles doivent être imputables de se qu’ils font c’est certain. Par contre, il doit y avoir une marge de manœuvre et une culture de la distribution de ressources qui font en sorte qu’un plus grand nombre de directions et d’enseignants puissent s’investir à faire autrement.

Plusieurs décisions seront importantes à prendre au Nouveau-Brunswick. Par exemple la politique 311 sur l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC) date de 1996. Même si celle-ci fut révisée en 2004, bien des choses ont changé dans le monde des TIC. Nous avons besoin d’une nouvelle politique plus simple (et non de 10 pages) qui sera ouverte aux nouveaux changements qui arriveront au cours des prochaines années. La politique doit être inclusive de toute forme de technologies utilisable à des fins pédagogiques et permettre le déploiement de celles-ci simplement dans les écoles. Ce n’est pas une tâche facile, mais faisable.

En gros, les écoles doivent avoir la possibilité ;
• D’utiliser les réseaux sociaux
• D’utiliser les services de type Google Documents et Google Éducation
• Favoriser l’utilisation et le développement du codage dans les écoles, et ce à tous les niveaux.
• De favoriser les activités de développement en robotique
• De maximiser l’écriture devant public sur des blogues scolaires.
• De développer des outils pour faire la promotion des communautés francophones.
• De favoriser le développement de Labos créatifs.
• De favoriser la culture entrepreneuriale à l’école et d’encourager les élèves à laisser des traces de leurs apprentissages.
• Développer des habitudes positives d’utilisation d’outils du web 2.o et développer une empreinte digitale saine.
• De ne pas favoriser un outil au détriment d’un autre. Ce qui est important, c’est l’accès aux outils.
• De développer des projets où il est permis aux élèves d’apporter leurs appareils numériques à l’école (Projet AVANT-BYOD)
• Permettre aux écoles de partager leurs succès et leurs projets.
• Partager la culture francophone au moyen d’une radio provinciale et les talents locaux dans chacune des écoles pour développer un sentiment d’appartenance et de fierté.
• Développer des projets de co-constructions virtuels tels que Mindcraft, Scratch et autres plateformes similaires.
• Intégrer l’enseignement du cinéma et du traitement des images à l’école.
• Permettre aux écoles de développer des projets TEDx en français.
• Développer une plateforme commune afin de faire en sorte que le premier réflex lorsqu’on cherche quelque chose soit d’aller sur cette plateforme. En passant, celle-ci doit être ouverte et publique.
• D’avoir accès à des sources de financement ou de matériel avons de développer différents types de projets.
• De développer des projets de création à l’aide d’imprimante 3D qui va révolutionner nos habitudes de consommations sous peu…
• De développer une culture de prise de risque et de collaboration entre les enseignants et en incluant aussi les élèves.
• La curiosité et la créativité doivent demeurer au centre de nos activités de codesign.

Cette liste n’est évidemment pas complète, mais donne un aperçu du travail à faire. Nous sommes loin de l’utilisation de PowerPoint en salle de classe… Pour y arriver, il faudra un mouvement sérieux à faire différemment. Certains le font peut-être déjà, d’autres attendent avec impatience avant de commencer et d’autres espèrent peut-être pouvoir se retirer avant d’avoir à faire ceci. Qu’on le veuille ou non, le monde autour de nous continue d’avancer et ne va pas nous attendre pour continuer.

Je suis à la direction depuis plus de vingt ans et j’avoue qu’il y a eu d’énormes progrès au cours des dernières années. Ce n’est pas terminé, mais nos décideurs ont de grandes décisions à prendre. Cela ne doit pas être facile j’en suis certain. Un peu comme la tortue, cela avance tranquillement, dans le bon sens et vers de l’avant. Rendez-vous service, allez au Dollarama vous en procurer une et il sera plus facile pour vous de patienter et d’aller de l’avant quand tout sera noir ou embrouillé…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “Nouvelle feuille de route requise pour la translittératie…”