Un labo créatif pour faire quoi au juste…

labo5janNous travaillons en étroite collaboration avec l’organisme Labos Brillants du Nouveau-Brunswick dans le développement d’un Labo créatif au Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska (CAHM) depuis septembre 2014.  Dans la foulée du mouvement des « Maker’s Lab » dans le monde entier, le Nouveau-Brunswick a choisi trois écoles francophones pour développer des centres d’expertises.  Nous avions déjà une expérience dans l’utilisation des TIC, de la robotique et autres, mais la contribution de Labos brillants nous a permis d’avancer plus rapidement et d’implanter un concept assez unique dans notre province.  Lors du colloque Clair2016, les participants auront la chance de voir les élèves à l’oeuvre présenter près d’une centaine de projets qui s’y déroulent tout au long de l’année scolaire.  Voici une vidéo du colloque de l’an dernier ;

Ce concept en éducation est assez récent et plusieurs personnes ne connaissent pas leur utilité en milieu scolaire.  Pour vous l’expliquer, j’aurai à faire un retour en arrière et vous rappeler la vidéo de Ken Robinson « Est-ce que l’école tue la créativité ? » ci-dessous ;

Nous avons à nous questionner si effectivement, l’école actuelle telle que nous la connaissons développe la créativité chez les jeunes.  Je ne discuterai pas ici de l’importance de la créativité dans notre société.  Je tiens pour acquis que vous trouvez cela important et que le monde ne serait pas pareil sans les Steve Jobs, Léonard de Vinci et les Félix Leclerc que nous avons eu la chance de côtoyer de différentes façons.  La créativité est importante et nous n’avons pas à aller au Musée du Louvre trop souvent pour nous en convaincre.  À quel moment de la vie, est-ce qu’on prend conscience de ses talents, de sa créativité, de faire autrement et de faire des expériences.  Cela ne commence certainement pas à la fin de la scolarité ou dès la réception d’un diplôme.  Il est possible de commencer à l’école.  De plus, certains élèves naissent avec des talents et d’autres les développent avec le temps.  Il va s’en dire que l’école à un rôle primordial et qu’il faut se questionner si ce rôle n’a pas été repoussé depuis quelques années.

La pression pour la réussite des élèves aux examens standardisées par exemple peut être pour certaines personnes, perçue comme un frein à la créativité et il est à se demander si nous ne sommes pas en train de conditionner les enfants à avoir toute la même réponse à des questions d’examens.  Certains élèves pourront par exemple calculer la surface totale d’un perron octogonal entourant une piscine circulaire afin de commander le nombre exact de planches afin de pouvoir le construire.  Je ne dirai pas ici que ce genre de problème n’est pas important, mais que souvent les élèves n’arrivent pas à faire les transferts nécessaires suite à la réussite d’un tel problème mathématique et que souvent pour arriver à la bonne réponse, il faut refaire le même problème avec des données différentes plusieurs fois.  Pour moi, cela est du conditionnement et non de l’apprentissage.  J’ai déjà proposé que les directions d’écoles de la province écrivent l’examen de mathématiques de 8e année.  Je suis d’avis que les résultats seraient moindres que ceux des élèves.  Mon offre n’a pas été retenue…  Je crois qu’il faut des examens standardisés pour avoir des points de références, mais lorsque le temps d’enseignement est complètement passé à préparer les élèves à bien performer sur ceux-ci, cela devient malsain.

Pour revenir, à notre ami Ken Robinson, celui-ci a présenté une autre conférence qui selon moi est la meilleure à date en éducation.  La conférence « Comment échapper à la vallée de la mort en éducation » explique que l’école est un système humain et qu’elle doit privilégier la diversité, la créativité et la curiosité.  Je ne me lasse pas de l’écouter encore et encore.

J’ai eu la chance d’être invité en novembre dernier par le premier ministre du Nouveau-Brunswick et l’organisme Opportunités NB afin de participer à une session de « Brain Storming » afin de discuter avec d’autres leaders de la province, des besoins que nous avons pour créer des emplois et de l’innovation.  Dans mes rencontres, j’ai eu la chance de discuter avec des chefs d’entreprises qui me disaient que les élèves n’étaient pas bien préparés dans le système scolaire pour intégrer le marché du travail.  À ma question à savoir ce qu’il leur manquait, tous me disaient deux choses ;

1- Les nouveaux travailleurs ne peuvent pas prendre de décisions.

2- Les nouveaux travailleurs ne peuvent pas mettre sur papier leurs idées.

Cela m’a fait beaucoup réfléchir et en arrivant à une session au Labo créatif du CAHM, j’ai été obligé d’admettre qu’ils n’avaient peut-être pas tors.  En entrant dans le Labo créatif du CAHM chaque matin, j’étais surpris de réaliser que plusieurs élèves m’attendaient avec toutes sortes de questions à savoir s’ils pouvaient faire ceci ou faire cela.  S’ils pouvaient prendre ceci ou cela et plusieurs autres questions du genre.  Souvent, ils connaissaient déjà la réponse, mais ils avaient besoin de mon approbation.  Lorsque je leurs demandais quel type de projet,ils voulaient réaliser, ils pouvaient me l’expliquer, mais rarement, ils pouvaient produire un plan.  C’est à partir de ce moment que nous avons exigé que les élèves fassent une demande en ligne pour soumettre un projet.  Au début, certains élèves devaient retourner le même formulaire 3 ou 4 fois.  Avec le temps, ils ont développé des moyens pour mieux y arriver souvent avec l’aide de leurs amis ou de leur parents.  Il existe même un document d’objectivation qui doit être complété à la fin d’un projet.  Là aussi, les élèves trouvent ceci difficile, mais on voit des changements avec le temps.  Le site web de notre Labo Créatif se développe et nous laissons des traces de nos projets.  Tant mieux si cela peut être utile à d’autres.

C’est donc cela le Labo créatif.  C’est un endroit où les élèves peuvent créer, développer leur curiosité et leur créativité.  C’est un endroit où il est possible de prendre des risques, de faire de la recherche, d’aider et de s’entraider.  Le labo est ouvert aux élèves doués, mais pas seulement à ceux et celles qui ont les meilleurs résultats académiques.  On demande avant tout que les jeunes qui s’y investissent veuillent apprendre et veuillent enseigner aux autres.  C’est l’une des particularités important de ce concept.  En peu de temps, les élèves s’aident mutuellement et deviennent des experts dans certains domaines.  Avec le temps plusieurs élèves maitrisent toutes sortes de compétences dans toutes sortes de domaines.

En terminant, les amateurs de données probantes afin d’utiliser ce concept en éducation seront surement déçus d’apprendre que la recherche n’est qu’à ses débuts.  L’idée fait son bout de chemin et si on se fit aux réactions des élèves, le tout se déroule très bien.  Il est encore permis d’avoir du plaisir à l’école, non ?  Bien qu’il ne faut pas tout balayer du revers de la main et faire exclusivement de cette pratique une réalité dans les écoles, il faut la considérer et trouver le moyen pour l’inclure dans nos pratiques pédagogiques.

L’instinct a encore sa place en éducation et les élèves peuvent avoir du plaisir à apprendre de cette façon.  Il faut aussi contourner nos peurs et accepter de faire de manière différente.  Attendre les données probantes est une bonne excuse pour ne rien faire ou plutôt de se donner une bonne excuse pour ne pas avoir à le faire.  Le monde change, l’éducation n’est pas à l’abri et c’est le temps de voir comment les labos créatifs peuvent apporter une valeur ajoutée à l’enseignement.  Cela peut être très passionnant…

À suivre…

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